La faute au mp3 ?

20 novembre 2008

La vente des disques, c’est vrai, a considérablement baissé. A titre personnel, je peux dire qu’elle a même chuté de presque 50% depuis l’arrivée du mp3 et des pratiques illégales. Mais attention,  il faut peut-être aussi chercher ailleurs la raison pour laquelle les gens achètent moins de disques. Certains piratent bien sûr, mais d’autres ont sans doute aussi envie d’autre chose que d’un disque. C’est une question… 

Henri Dès, auteur-compositeur-interprète  

Inconsciemment, la notion d’album tend à s’effacer

17 novembre 2008

A priori j’aurais tendance à dire que, non bien sûr le mp3 et les nouveaux modes d’écoute et de consommation musicales n’ont en rien changé mon mode de création et que je ne pense pas commerce ou balladeurs mp3 quand je compose.  Mais de façon inconsciente ???  Quoique je sois très « myspace » et  me documente beaucoup sur Internet, je suis resté au mode de l’écoute classique, sur chaîne hifi à la maison, à l’ancienne. Et je compose dans ce sens. En revanche, si je pense toujours et encore en terme d’album, par habitude, culture, cette notion est en train de s’effacer progressivement peut-être à cause de mes écoutes fragmentées sur le Web, qui sait…  En y réfléchissant je constate que je me mets à concevoir si ce n’est chanson par chanson, de plus en plus par petits groupes de quelques chansons, et non plus par disque entier, ce qui est plus approprié au mode d’écoute / d’achat à l’unité sur Internet, balladeur ou téléphone portable.  Je réalise aujourd’hui ce mouvement, qui a pris place sans que je ne m’en rendre vraiment compte. C’est là et sûrement pas par hasard.

Antoine Sahler, pianiste de Sophie Forte

Une musique virtuelle existe-t-elle vraiment ?

10 novembre 2008

Rien à faire, malgré ma pratique d’internaute, j’ai du mal à concevoir qu’une chanson puisse exister si elle n’est pas inscrite dans un support physique, comme le disque (ou la partition).  Quand la musique est dématérialisée, il me semble qu’il lui manque une légitimité. J’ai un sentiment très fort par rapport à cela. Le fait qu’une musique soit gratuite ne me pose pas le même problème. L’objet sacralise plus que le prix même si le gratuit tend à faire tomber la musique dans la futilité, la consommation dans le sens péjoratif du terme. Que reste-t-il d’une musique qui n’a pas de matérialité ?  J’ai envie de donner aux toutes jeunes générations des objets qui resteront.  Il y a dans le virtuel comme une atteinte à la postérité…  mais ce sentiment est sans doute plus lié à la nouveauté du phénomène, ou à ma pathologie personnelle, qu’à sa véritable nature !

Antoine Sahler, pianiste de Sophie Forte

Du téléchargement au streaming, Internet comme une immense médiathèque

3 novembre 2008

Si je me place côté utilisateur, côté pécheur de musique, l’écoute sur Internet au format mp3– en mode streaming dans mon cas personnel – m’apparait tout à fait intéressante. Internet est une nouvelle médiathèque géante. Grand consommateur de nouveautés musicales gratuites dans ce cadre, je dois dire que la plupart du temps je n’achète pas ce que j’écoute en ligne, tout comme je ne gardais pas ce que je téléchargeais juste pour voir au tout début du phénomène du peer to peer, tout comme je n’achetais pas les disques que j’empruntais en médiathèque, sauf dans de rares cas. C’est pour cela que, en ce qui concerne le mp3, l’écoute en streaming m’intéresse d’avantage que téléchargement. Peut-être est-ce parce que je suis un curieux qui n’a pas le sens de la possession et qui pratique le silence comme musique d’ambiance favorite ? Dans tous les cas, je trouve que le mp3 apporte quelque chose pour la consultation, la recherche, la culture musicale à distance.

Antoine Sahler, pianiste de Sophie Forte 

Le compositeur, lui ne va pas changer pour autant

27 octobre 2008

Je ne suis pas convaincu que l’essor du mp3 et la vente en ligne à l’unité va changer le métier du compositeur, le tirer vers le bas, les hits faciles, etc. Les règles peuvent changer mais la vraie démarche artistique tentera toujours de se distinguer du lot… Le point positif est que la vente sur Internet ouvre un nouvel espace de visibilité auprès du« jeune public » beaucoup plus large qu’auparavant. Non pas que je m’attende à être plus connu  grâce à Internet ! Mais Internet peut créer des liens plus directs entre l’auditeur et l’artiste, une sensation de proximité via les sites, les blogs et ça c’est vraiment très intéressant. Proposer de découvrir, ne serait-ce qu’un titre, en achetant juste une chanson, c’est se donner la chance d’inciter les auditeurs à s’intéresser à mon œuvre. Va-t-on créer une génération d’audio-zappeurs ? C’est un risque à prendre. Il y a sans doute une éducation à faire, mais le vrai amateur de musique, qu’il soit adulte ou enfant, aura toujours envie de découvrir l’univers complet d’un artiste qu’il apprécie.

André Bordé, auteur-compositeur

Le support disque est essentiel comme mode de transmission culturel

20 octobre 2008

J’ai de jeunes enfants, qui ont désormais leur petit lecteur CD dans leur chambre. Moi qui ai très peu de disques, je leur en achète beaucoup : du classique, de la chanson française, ce que j’aimais quand j’étais petit je dois dire. C’est une question d’éducation, de transmission : il me semble important que les enfants aient dans les mains un objet qui reste, qu’il y ait une trace physique de la culture musicale transmise par les parents, un souvenir concret. Mes enfants, je ne sais pas, mais moi j’ai fondamentalement besoin de l’objet disque entre eux et moi dans cet acte de transmission.

Antoine Sahler, pianiste de Sophie Forte 

La peur des nouvelles technologies est vieille comme le monde.

13 octobre 2008

Dès qu’il y a une nouveauté, en musique comme ailleurs, il y a des remous, il  convient donc de remettre le débat autour du mp3 en perspective. La peur de cette nouvelle technologie est assez classique : le cinéma a fait peur au théâtre en son temps, puis la télévision au cinéma… Le mp3, il est vrai, a de quoi effrayer dans la mesure où il a cette faculté de se promener partout dans le monde, quasi instantanément, sans aucun contrôle.  Alors, naturellement, on peut craindre de se retrouver avec un monstre ingérable. Ceci étant, la chose ne me fait pas plus peur que cela. Et puis, à chacun son métier : il faut faire confiance aux sociétés d’auteurs pour essayer de défendre nos intérêts, les passages de droits étant très compliqués.

Henri Dès, auteur-compositeur-interprète  

Et la morale dans tout ça ?

9 octobre 2008

MP3 aujourd’hui, autre nouveauté demain, la technologie va, en tant que producteurs et distributeurs, nous permettre de diffuser la musique sur des supports qu’aujourd’hui nous n’imaginons même pas ! Formidable, pourvu nous respections un principe simple : ne pas proposer au public ce que nous ne voudrions pour nos propres enfants. Il s’agit là, tout simplement, de ne pas oublier nos obligations envers le jeune public. Ce qui n’est pas si simple, l’arrivée du MP3 ayant suscité de nombreuses opportunités commerciales, relayées par un marketing toujours imaginatif quand il s’agit de développer du chiffre d’affaires. Pour ne prendre qu’un exemple, on a ainsi vu des entreprises nous proposer de faire figurer des chansons sur des clefs UBS munies d’écouteurs destinées aux enfants. Et ce, sans autre forme de procès ou mesures élémentaires de précautions. Quid du niveau sonore du matériel, quid du cordon reliant les écouteurs à la clef qui peut être dangereux pour un enfant de 4 ans, et plus généralement quid d’un matériel qui dès le plus jeune âge, incite l’enfant à  une pratique d’écoute qui relève du pur individualisme ?

Eric Jiroux, Producteur d’Henri Dès

Le vrai risque, c’est de perdre en route le concept d’album

6 octobre 2008

Avec le mp3, on assiste à une dématérialisation du support disque, qui a tendance à faire disparaître le concept d’album. Manque l’objet que l’on prend en main, la pochette papier, le fait de pouvoir l’exposer .. Moi-même j’ achète parfois des morceaux en téléchargement. Mais je continue d’acheter beaucoup de CD. J’ai besoin de l’objet, comme une trace de ce qui m’a façonné au fil des ans. Et j’avoue qu’il m’arrive aussi de copier des titres sans les payer, pour découvrir !Dans le cadre du téléchargement, l’achat à l’unité incite au zapping, ce que je regrette. L’ordre des chansons sur un album reste pour moi quelque chose d’essentiel, comme un parcours fléché qui, hélas, n’a plus le même impact avec le mp3. La disparition de la notion d’album est ma plus grande crainte. Un artiste crée souvent ses chansons sur une période données, l’étape d’une vie. L’album dans son entièreté a tout son sens de ce point de vue.

André Bordé, auteur-compositeur

Génial outil pour le compositeur que le mp3

2 octobre 2008

Difficile pour un compositeur de dénigrer le mp3 en tant que format puisqu’il lui permet 1000 choses impossibles auparavant. Je crée mes maquettes sur ordinateur et les envoie à mes collaborateurs par mail : c’est un outil très pratique, très souple, assez génial. Récemment, j’ai pu réaliser grâce à ce système une émission sur France Musique avec deux musiciens italiens que je n’avais que croisés dans une soirée. Tout a été préparé à distance, par maquette mp3. Alors, oui, en tant que musicien, je suis un adepte du mp3. Qu’il représente un souci commercial est une autre affaire… qui ne me taraude pas trop.

Antoine Sahler, pianiste de Sophie Forte